Apo Reef : plonger dans la grande étendue corallienne des Philippines
Loin au large, dans le détroit de Mindoro, là où le plateau peu profond d'Occidental Mindoro plonge vers les eaux profondes, un pâle anneau de corail brise la surface. C'est Apo Reef, le deuxième plus vaste système récifal corallien continu de la planète et le plus grand des Philippines. Ce n'est pas un récif frangeant collé à un rivage, mais une véritable structure de type atoll, très au large, exposée à l'océan ouvert sur presque toutes ses faces. Les plongeurs l'atteignent en bateau depuis la ville de Sablayan, sur la côte, et la première vision de ces hauts-fonds turquoise devant le bleu profond du détroit dit tout de suite l'essentiel : ce lieu est façonné par les courants et la distance, non par une côte proche.
Un récif seul dans le détroit
Ce qui rend Apo Reef singulier, c'est son isolement. La plupart des grands récifs que l'on connaît croissent au bord d'une terre, abrités et nourris par les fleuves. Apo, lui, se tient seul en pleine eau, à peu près à mi-chemin entre l'île de Mindoro et le groupe des Calamian, à l'ouest. Cette position l'expose aux courants riches en nutriments qui balaient le détroit, ce qui explique en partie l'extraordinaire densité de vie que l'on y trouve. La contrepartie, c'est que les conditions peuvent être exigeantes : les mêmes courants qui apportent le plancton et les poissons pélagiques rendent certains sites plongeables seulement lorsque l'eau porte dans le bon sens. Le récif prospère grâce à cet échange entre la haute mer et les hauts-fonds abrités, et avec lui tous les animaux qui l'habitent.
Deux lagons et trois petites îles
Vu d'en haut, Apo Reef n'est pas une simple plaque de corail plate, mais un entrelacs de platiers peu profonds, de sable et de récif vivant disposés autour de deux lagons. Le grand lagon et son plus petit voisin sont séparés par une bande de mangrove, une surprenante tache de vert au milieu de tout ce bleu. Trois petites îles émergent de l'ensemble. La plus grande, Apo Island, est un îlot bas et sableux couronné d'un phare et bordé de mangrove et de forêt littorale ; il ne faut pas la confondre avec l'Apo Island plus célèbre, près de Negros, dans les Visayas centrales, qui est un lieu tout à fait différent. Les deux plus petits reliefs, Apo Menor et le rocheux Cayos del Bajo, ne sont guère que des îlots, mais à eux trois ils donnent au récif ses repères et un rare morceau de terre ferme dans le détroit ouvert.
Des parois qui plongent dans le bleu
Pour les plongeurs, le tombant est la signature d'Apo Reef. Sur une grande partie du pourtour, le platier s'interrompt brusquement et la paroi corallienne bascule vers les profondeurs, formant des à-pics qui disparaissent bien au-delà de la portée de la plongée loisir ordinaire. Dériver le long de ces murs, c'est l'expérience classique d'Apo : la paroi de corail d'un côté, le bleu ouvert et sans fin de l'autre, et la possibilité constante que quelque chose de grand surgisse de cette profondeur. Gorgones et coraux mous s'étirent hors de la paroi dans le courant, les éponges emplissent les surplombs ombragés, et les bancs de poissons de récif s'amassent sur l'arête où le peu profond rencontre l'abîme. Comme les sites font face à l'océan ouvert, la visibilité est souvent excellente, même si elle varie avec la saison et la marée.
Un carrefour de la vie marine
Apo Reef doit sa réputation moins à une espèce unique qu'à la seule variété et à l'abondance de vie qu'il rassemble. La couverture de coraux durs sur les hauts-fonds abrite le chatoyant cortège habituel d'un récif indo-pacifique en bonne santé : poissons-perroquets, labres, demoiselles, poissons-papillons et anthias en nuées au-dessus des massifs. Mais ce sont les grands animaux qui attirent tant de plongeurs de l'autre côté du détroit. Les requins de récif patrouillent le long des à-pics, les tortues marines broutent sur les platiers et se reposent sous les surplombs, les raies glissent au ras du sable. Au large, dans le bleu, passent des bancs de poissons pélagiques et des carangues en chasse, et le récif s'inscrit dans l'aire plus vaste des grands voyageurs océaniques de la région. Ce mélange d'une communauté récifale résidente et d'espèces de pleine eau de passage est exactement ce que l'on attend d'un récif dressé seul dans un détroit fréquenté.
Protection, pressions et reconquête
Apo Reef n'a pas toujours été laissé en paix. Comme bien des récifs philippins, il a subi des décennies de pêche destructrice, y compris à l'explosif et au cyanure, méthodes qui fracassent le corail et empoisonnent l'eau, s'ajoutant à la pression ordinaire de trop de bateaux prélevant trop. La réponse fut de lui accorder une protection formelle : le récif et les eaux qui l'entourent ont été classés parc naturel, et des mesures de gestion, dont des restrictions de pêche et d'accès, ont été mises en place pour laisser le système se reposer et se reconstruire. La reconquête d'un récif est lente, elle se compte en années et en décennies plutôt qu'en saisons, mais la protection a offert au corail une chance que bien des récifs non gérés n'obtiennent jamais. Le parc est en outre reconnu à l'échelle internationale comme site candidat au patrimoine mondial, reflet à la fois de son ampleur et de sa valeur écologique.
Rejoindre le récif
Apo Reef est une véritable destination du grand large, et s'y rendre demande de l'engagement. La plupart des sorties partent de Sablayan, sur la côte ouest d'Occidental Mindoro, d'où les bateaux gagnent le récif ; le trajet est assez long pour que beaucoup de plongeurs préfèrent des croisières de plusieurs jours ou une nuit sur place à une simple excursion à la journée. Le récif étant un parc protégé, les visiteurs s'enregistrent et acquittent des droits d'entrée, et la plongée s'organise avec des opérateurs qui connaissent les courants et les conditions. Il n'y a aucun complexe hôtelier sur le récif même, et cela fait partie de son charme ; les îles restent silencieuses, le phare monte sa garde solitaire, et l'expérience tient davantage de l'expédition que du séjour organisé. Les meilleures conditions se rencontrent en général durant les mois plus calmes et plus secs, quand le détroit s'apaise et que la visibilité s'ouvre, mais tout voyage dépend d'une météo qui peut vite changer aussi loin des côtes.
Ce qui fait durer Apo
Il serait tentant de réduire Apo Reef à un seul superlatif et de passer à autre chose, mais sa vraie valeur tient à ce que ce superlatif représente : un vaste morceau de récif de pleine eau, encore largement intact, dans une région du monde où de tels lieux se sont raréfiés. L'alliance de l'ampleur, de l'isolement et de la protection a préservé quelque chose de plus en plus rare, un récif où la paroi plonge dans le vrai bleu, où tortues et requins sont ordinaires plutôt qu'exceptionnels, et où l'eau se meut encore avec l'énergie brute du détroit ouvert. Pour les plongeurs, c'est un lieu exigeant et gratifiant ; pour l'océan alentour, c'est un réservoir de vie qui ensemence les eaux voisines. Des récifs comme celui-ci ne sont pas de simples attractions mais des rouages vivants d'une mer vivante, et Apo demeure l'un des exemples les plus clairs de ce que peut encore être une étendue corallienne bien gardée.
Sur la carte
Vous pouvez suivre Apo Reef et sa position dans le détroit de Mindoro sur notre map interactive, où le récif se dessine au large entre Mindoro et les îles Calamian. Zoomez pour voir les deux lagons, l'île au phare et les sites de plongée alentour, puis remontez la côte jusqu'à Sablayan pour mesurer à quel point cette étendue corallienne s'avance loin dans l'eau libre. Servez-vous de la carte pour préparer un itinéraire, comparer Apo à d'autres récifs philippins et replacer ce système remarquable dans son cadre océanique plus large.