La mer Rouge saoudienne : Djeddah, les bancs des Farasan et une nouvelle frontière de plongée
L'Arabie saoudite possède l'un des plus longs littoraux de la mer Rouge, qui s'étire sur bien plus de mille kilomètres le long de la façade occidentale du royaume. Pendant des décennies, cette côte est restée dans l'ombre des récifs plus célèbres d'Égypte et du Soudan, plus au nord et à l'ouest, largement fermée à la plongée de loisir et rarement photographiée. Cela change. Djeddah est devenue un point de départ pratique pour les bateaux qui gagnent le large, et les systèmes récifaux situés plus au sud, au premier rang desquels les vastes bancs des Farasan, sont de plus en plus décrits par les plongeurs expérimentés comme parmi les paysages de coraux durs les moins touchés de toute la région.
Djeddah, porte d'entrée
Djeddah est le point d'accès naturel pour qui souhaite plonger sur la côte centrale saoudienne. C'est le principal port de la mer Rouge du royaume et sa deuxième ville, dotée d'un aéroport international qui la rend accessible en un seul vol depuis une grande partie de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie. Le front de mer urbain lui-même est fortement aménagé, si bien que la plongée sérieuse commence presque toujours par une sortie en bateau vers les récifs du large et les tombants frangeants qui s'étendent au-delà du trafic portuaire. Des bateaux à la journée et une flotte modeste mais croissante de croisières plongée partent d'ici. Comme la ville est aussi une plaque tournante du pèlerinage, l'infrastructure de voyage au sens large, hôtels, transports et correspondances, y est étonnamment solide pour une destination de plongée encore aussi jeune.
La forme des récifs
La mer Rouge est un jeune bassin océanique, un rift qui s'élargit lentement entre les plaques arabique et africaine, et sa géologie marque directement la plongée. Du côté saoudien, la côte est bordée de récifs frangeants qui plongent à pic dans le bleu profond, ponctués de récifs isolés, de pinacles coralliens et de bancs au large. Une eau chaude, exceptionnellement salée et limpide favorise une croissance dense de coraux durs, et le caractère quasi fermé de cette mer a engendré une faune dont une forte proportion d'espèces ne se rencontre nulle part ailleurs sur Terre. La visibilité est fréquemment excellente, et l'absence presque totale de grands fleuves signifie que très peu de sédiments atteignent les récifs, gardant l'eau claire une grande partie de l'année.
Les bancs des Farasan
Les bancs des Farasan sont au cœur de la réputation de la région. Il s'agit d'une immense dispersion de récifs, de hauts-fonds et d'îlots sableux répartis sur le plateau continental peu profond au large de la côte sud saoudienne, loin des terres et historiquement difficiles à atteindre. Précisément parce que l'accès a été si limité, beaucoup de ces récifs n'ont vu que très peu de plongeurs, et les structures, jardins de coraux denses, parois abruptes et pinacles balayés par le courant, demeurent en bon état comparées aux sites très fréquentés d'ailleurs. Les bancs sont assez vastes pour être généralement explorés sur plusieurs jours depuis une croisière, en passant d'un récif à l'autre là où le trafic de bateaux reste occasionnel. Pour les plongeurs qui apprécient le sentiment d'arriver dans un lieu réellement vierge, c'est là le principal attrait de la mer Rouge saoudienne.
Les îles Farasan et leurs eaux protégées
Plus près de la côte s'étendent les îles Farasan, un archipel bas reconnu de longue date pour sa valeur écologique et classé en aire protégée. Les îles sont connues pour leur avifaune, leurs mangroves et les herbiers marins qui les entourent, terrains d'alimentation importants pour les dugongs et les tortues vertes. Ce statut de protection traduit une prise de conscience plus large, au sein du royaume, du caractère à la fois fragile et précieux de ces milieux, et il façonne la manière dont le tourisme est autorisé à s'y développer. L'association d'étendues d'herbiers peu profonds, de franges de mangrove et de récifs coralliens au large fait de ce secteur l'un des habitats les plus variés de toute la côte.
À quoi ressemble vraiment la plongée
Les conditions le long de cette côte récompensent les plongeurs à l'aise en pleine eau. Les récifs sont chauds toute l'année, si bien que la protection thermique reste modeste au regard des standards tempérés, et l'eau est en général assez claire pour que parois et pinacles révèlent toute leur ampleur à distance. Les courants vont de faibles à soutenus, en particulier autour des bancs extérieurs et des angles des récifs exposés où l'eau en mouvement concentre le poisson, et la plongée dérivante le long d'une paroi est une manière courante de couvrir du terrain. La profondeur relève du choix plus que de la nécessité : l'essentiel de l'intérêt se tient dans les zones supérieures bien éclairées, là où la couverture de coraux durs est la plus dense et la couleur la plus vive, tandis que les tombants plus profonds attirent les animaux plus grands, tournés vers le large. Comme tant de sites se trouvent loin de toute localité, la plongée revêt un véritable caractère d'expédition, et l'autonomie, une bonne flottabilité, une gestion réfléchie de l'air et le respect du courant, compte énormément.
Les grands animaux et les saisons
La mer Rouge saoudienne offre l'ensemble du cortège des grands animaux marins de la région. Les requins de récif patrouillent le long des tombants, et raies mantas, raies aigles et tortues font partie du tableau. La rencontre la plus commentée est celle des requins-baleines : des rassemblements de ces géants filtreurs se forment de façon saisonnière au large, les observations se concentrant durant les mois plus chauds du printemps, et les eaux proches de la ville d'Al Lith, au sud de Djeddah, en sont devenues le foyer le plus connu. Les dauphins sont fréquents, et l'éloignement même des récifs extérieurs signifie des populations saines de poissons de récif et de prédateurs qui n'ont pas été surpêchés. Comme toujours avec la faune sauvage, les rencontres sont saisonnières et jamais garanties, mais ce potentiel explique en grande partie pourquoi les plongeurs entreprennent le voyage.
Pourquoi cette ouverture aujourd'hui
Pendant la plus grande partie de l'histoire moderne de la plongée en mer Rouge, la côte saoudienne était en pratique inaccessible aux visiteurs étrangers. Le tourisme de loisir était strictement encadré, et les récifs restaient le domaine réservé d'une poignée de résidents et de chercheurs. L'introduction récente des visas touristiques et un effort national pour bâtir une économie du tourisme ont changé la donne, et la côte au nord de Djeddah est devenue le théâtre de vastes projets de complexes hôteliers destinés à une clientèle haut de gamme. L'avantage pour les plongeurs est évident : des récifs protégés par leur inaccessibilité plutôt que par la négligence. La question ouverte est de savoir si ce développement pourra être mené à un rythme assez mesuré pour préserver précisément cette qualité, intacte, sauvage, peu fréquentée, qui fait tout le prix de la région. Pour l'heure, la mer Rouge saoudienne se trouve dans une fenêtre rare : suffisamment ouverte pour qu'on la visite, mais bien loin de la surfréquentation.
Sur la carte
Vous pouvez suivre l'ensemble de ce littoral, des récifs du large au-delà de Djeddah jusqu'à la limite extérieure des bancs des Farasan, sur notre carte interactive. Elle permet de voir comment récifs frangeants, récifs isolés et bancs du large se répartissent le long de la côte, et d'estimer jusqu'où un itinéraire de croisière peut raisonnablement porter. À mesure que d'autres sites de cette frontière seront relevés et confirmés, c'est ici, sur la carte, que nous les ajouterons en premier.