Plongée à Nusa Penida : stations de nettoyage des raies manta et saison des môles
Nusa Penida se trouve dans le détroit au sud-est de Bali, et c'est précisément l'eau qui circule dans ce chenal qui rend la plongée si singulière. Les courants s'engouffrent entre l'île et la grande terre balinaise, arrachent aux profondeurs une eau fraîche et riche en plancton, puis la poussent sur les récifs frangeants. Ce seul fait explique presque tout ce que le plongeur remarque à Penida : les raies manta résidentes, l'apparition saisonnière du poisson-lune, les thermoclines soudaines, et la raison pour laquelle les guides expérimentés lisent les tables de marée avec autant d'attention que le bulletin météo. Ce n'est pas une plongée en lagon. C'est un système ouvert et mouvant, qui récompense ceux qui comprennent ce que fait le courant.
Le chenal et son courant
La bande de mer entre Bali et les îles Nusa est un véritable passage, un maillon du flux qui relie les mers indonésiennes. Une eau forcée à travers un chenal qui se resserre accélère, et là où elle rencontre les tombants et les pointes de Penida, elle tourne, remonte et déchire parfois. Pour le plongeur, cela signifie que la plupart des sites sont des plongées dérivantes, planifiées autour de l'étale ou du début du flot, et non menées à contre-courant. L'avantage de tout ce mouvement, c'est la nourriture : le courant apporte le plancton et une eau plus fraîche, et le plancton est la base de la chaîne alimentaire qui retient les grands filtreurs dans la zone. Comprendre le courant n'est pas une compétence facultative à Penida ; c'est tout le briefing.
Les stations de nettoyage des mantas
La raie manta de récif est l'animal pour lequel viennent la plupart des visiteurs, et Penida offre quelque chose de fiable : des stations de nettoyage. Une station de nettoyage est un point fixe du récif, souvent un patate de corail ou un relief du terrain, où vivent de petits labres nettoyeurs et d'autres poissons nettoyeurs. Les mantas approchent lentement et se maintiennent presque immobiles au-dessus de ces points tandis que les petits poissons prélèvent parasites et tissus morts sur leur peau, leurs branchies et leur bouche. Les mantas semblent faire la queue et tourner, revenant sans cesse à la même station. Parce que ce comportement est lié à un lieu et non à une saison, on peut rencontrer les mantas autour de Penida toute l'année, et c'est pourquoi les sites à mantas forment l'ossature du tourisme de plongée de l'île.
C'est sur la côte sud que la houle rencontre les zones de nettoyage et de nourrissage, et les conditions y sont parfois houleuses et fraîches. On demande généralement aux plongeurs de se poser bas, de rester à l'écart du récif et de laisser les animaux fixer la distance. Les mantas de récif sont curieuses et passent souvent tout près d'elles-mêmes, mais harceler une station de nettoyage perturbe précisément le comportement que tout le monde était venu observer. Les bons guides imposent cette discipline, et c'est essentiel : ce sont des animaux sauvages exploitant une ressource partagée, pas un spectacle.
Pourquoi les môles remontent
Le second animal emblématique est le môle, le poisson-lune, et son histoire est entièrement une affaire de température. Les môles sont de grands poissons étranges, en forme de disque, qui passent une grande part de leur vie en eau froide et profonde. Autour de Penida, ils remontent vers le récif à la saison fraîche, lorsque la remontée d'eau profonde fait chuter nettement la température aux profondeurs accessibles à la plongée. Quand cette eau froide se hisse, les môles montent avec elle, et eux aussi fréquentent des stations de nettoyage, suspendus à la verticale ou basculés sur le flanc pendant que les poissons de récif travaillent leur peau.
La saison s'étend à peu près du milieu de l'année jusqu'aux mois plus frais, quand la remontée est la plus forte, mais elle varie d'une année à l'autre et aucune observation n'est jamais garantie. Il s'agit d'un comportement sauvage, dicté par la météo, non d'un spectacle programmé. Celui qui arrive en attendant une certitude repart parfois déçu ; celui qui comprend qu'il parie sur un processus océanographique, et qui plonge plusieurs jours, se donne les meilleures chances.
Crystal Bay et l'eau froide
Crystal Bay, sur la face nord-ouest abritée tournée vers la petite île voisine, est le site le plus associé aux rencontres avec les môles. Sa topographie et son exposition à la remontée d'eau en font un endroit où l'eau froide arrive avec force à la saison. Les plongeurs doivent s'attendre à de véritables thermoclines, des couches où la température peut tomber de façon sensible à la descente ou au passage d'une masse plus froide. Une combinaison choisie pour l'eau tropicale chaude ne suffit souvent pas ici durant les mois frais, et l'hypothermie s'installe sans bruit au fil d'une plongée longue et profonde. Les opérateurs locaux le disent sans détour pour de bonnes raisons, et s'habiller contre le froid fait partie d'une plongée bien menée à Penida.
Crystal Bay recèle aussi du courant et un risque de courant descendant, et sa beauté peut masquer ses exigences. C'est un site gratifiant, et dans de bonnes conditions un site facile et doux ; dans de mauvaises, il réclame une bonne flottabilité, un œil attentif sur la profondeur et la volonté d'écourter une plongée.
Un récif en aire protégée
Les eaux qui entourent Nusa Penida relèvent d'une aire marine protégée, créée pour gérer les récifs, la population de mantas et le tourisme qui dépend des deux. Penida s'inscrit dans le vaste Triangle de corail, la région à la plus haute biodiversité marine de la planète, et les récifs en portent la richesse : coraux durs et mous, bancs de poissons, tortues, et toute la vie des invertébrés qui alimente les stations de nettoyage. La protection n'est pas une simple étiquette. Elle détermine où les bateaux mouillent, comment les sites sont utilisés et comment le tourisme des mantas et des môles doit être conduit pour que les animaux ne soient pas chassés des récifs qui attirent les visiteurs en premier lieu.
Pour le plongeur, la protection se traduit surtout par une étiquette : ne pas toucher, ne pas poursuivre, une flottabilité soignée au-dessus du corail fragile et le respect des règles de distance imposées par les guides aux stations. La santé de ces plongées dans dix ans dépend de la façon dont on les traite aujourd'hui.
Préparer un séjour de plongée
Penida se plonge aussi bien depuis les îles Nusa elles-mêmes que lors d'excursions à la journée depuis la grande terre balinaise, et ce choix influe sur le temps passé dans l'eau et sur l'accord des courants avec l'emploi du temps. Comme les meilleures conditions dépendent de la marée et de la saison, le meilleur conseil est de prévoir des jours de réserve plutôt que de tout miser sur une seule plongée. La certification et l'expérience comptent ici : plusieurs des sites emblématiques ne sont pas des plongées de débutants, et les opérateurs honnêtes ajustent les sites à l'expérience consignée dans le carnet. La récompense de qui compose avec la mer plutôt que contre elle, c'est une série de rencontres véritablement sauvages, des animaux au comportement naturel, aux endroits qu'ils ont choisis, dans une eau toujours en mouvement.
Emportez de quoi vous réchauffer pour la saison fraîche, respectez les briefings et traitez le courant comme le personnage principal de chaque plongée. Faites cela, et Penida offre quelques-unes des plongées avec grands animaux les plus marquantes de l'océan Indien et du vaste Triangle de corail.
Sur la carte
Chaque site décrit ici, des stations à mantas du sud jusqu'à Crystal Bay dans l'angle nord-ouest, est reporté sur notre carte interactive. Zoomez sur le détroit entre Bali et les îles Nusa pour voir comment les sites se placent par rapport au chenal et au sens du courant, et servez-vous-en pour esquisser un plan avant d'échanger avec un opérateur local. La carte est le moyen le plus rapide de comprendre pourquoi la géographie de Penida, plus que tout, met mantas et môles à portée d'un même séjour.