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Blanchissement corallien et changement climatique

Les récifs coralliens occupent moins d'un pour cent du plancher océanique, mais ils abritent près d'un quart des espèces marines connues. Cette productivité repose sur une association qui se trouve à un ou deux degrés Celsius du point de rupture.

L'association avec les zooxanthelles

La plupart des coraux constructeurs appartiennent à l'ordre des Scléractiniaires et sont, pris isolément, des animaux presque incolores. Leurs orangés, leurs verts et leurs bruns vifs proviennent d'algues microscopiques, les zooxanthelles – des dinoflagellés unicellulaires de la famille des Symbiodiniaceae – installées au cœur même du tissu corallien. C'est un mutualisme manuel. Les algues bénéficient d'un abri, du dioxyde de carbone et des composés azotés produits par le métabolisme de l'hôte. En contrepartie, elles fixent la lumière par photosynthèse et restituent jusqu'à quatre-vingt-dix pour cent des sucres formés. Sans cet apport énergétique, la plupart des espèces récifales ne produisent pas assez de carbonate de calcium pour grandir, se reproduire ou réparer les dégâts.

Le seuil d'un degré

Lorsque la température de l'eau dépasse d'un seul degré le maximum estival local et s'y maintient, la relation se dégrade. La chaleur incite les algues à libérer des espèces réactives de l'oxygène qui attaquent le tissu corallien. Le corail réagit en expulsant ses zooxanthelles, perd sa couleur et laisse paraître le squelette blanc d'aragonite. C'est le blanchissement : non pas la mort, mais un stress physiologique extrême. Si la température revient à la normale en quelques semaines, une recolonisation reste possible. Au-delà de huit à dix semaines de chaleur soutenue, le corail meurt de faim.

Le programme Coral Reef Watch de la NOAA mesure ce risque grâce à l'indicateur Degree Heating Weeks (DHW). Un DHW s'accumule pour chaque semaine où la température reste un degré au-dessus de la moyenne mensuelle maximale. Au-delà de quatre DHW, le blanchissement de masse devient probable ; au-delà de huit, la mortalité étendue est courante. Comme l'indicateur intègre à la fois l'intensité et la durée du stress, il prédit les dégâts récifaux plus fidèlement qu'une simple lecture de température.

Les épisodes de 2016 et 2017 sur la Grande Barrière

La Grande Barrière de corail a connu deux épisodes successifs de blanchissement en 2016 et 2017 qui ont, ensemble, affecté plus de deux mille kilomètres des secteurs nord et central. L'épisode de 2016, alimenté par un El Niño puissant superposé au réchauffement de fond, a tué la moitié environ des coraux d'eau peu profonde dans le tiers nord du récif. Celui de 2017 a frappé le secteur central avant qu'il n'ait pu se rétablir. Les relevés de l'Australian Institute of Marine Science (AIMS) ont confirmé la plus grande mortalité corallienne jamais documentée sur ce système.

Le blanchissement mondial de 2024

Début 2024, la planète est entrée dans le quatrième événement mondial de blanchissement corallien jamais enregistré, confirmé par la NOAA. Les températures de surface autour de la Grande Barrière ont dépassé sensiblement les records antérieurs. Le blanchissement ne s'est pas limité aux crêtes peu profondes : un stress thermique a été mesuré jusqu'à vingt mètres de fond. Pour la première fois, un seul épisode a touché les trois zones du récif – côtière, plateau intermédiaire et plateau externe – simultanément. Les Caraïbes, le Florida Reef Tract et de vastes secteurs de l'océan Indien ont été affectés en parallèle, donnant à l'événement une portée géographique inédite.

La maladie caribéenne de perte tissulaire des coraux durs

Le blanchissement n'est pas le seul stress qui pèse sur les récifs. Depuis 2014, la stony coral tissue loss disease se répand dans les Caraïbes, d'abord détectée au large de la Floride et désormais confirmée dans la majeure partie du bassin. L'agent – probablement bactérien, sans qu'il soit définitivement identifié – provoque une nécrose tissulaire rapide chez plus de vingt espèces. Les colonies à large surface, comme les coraux cervelets du genre Diploria et le corail-pilier Dendrogyra cylindrus, ont subi des pertes sévères. Cette maladie agit indépendamment du stress thermique : un même récif peut affronter les deux menaces en même temps.

Refuges profonds et récifs mésophotiques

Un candidat plausible comme tampon partiel est la zone mésophotique, entre trente et cent cinquante mètres de profondeur, où la lumière est réduite mais suffit encore à des coraux photosynthétiques. L'eau profonde se réchauffant plus lentement que la surface, les récifs mésophotiques accumulent moins de DHW pendant les épisodes. Certains chercheurs avancent que ces populations pourraient agir en refuges thermiques et même réensemencer les récifs peu profonds après un blanchissement, à condition que les larves s'établissent en eaux peu profondes. L'hypothèse du refuge profond est prometteuse mais incomplète : de nombreuses espèces de coraux d'eau peu profonde n'existent pas en profondeur, et les corridors de connexion sont mal compris. Protéger les sections profondes des perturbations physiques, de la pêche destructrice et de la sédimentation devient pourtant une priorité de gestion.

La trajectoire à venir

Les projections climatiques actuelles placent la température moyenne de surface des océans entre 1,5 et 2 degrés au-dessus des niveaux préindustriels d'ici le milieu du siècle, sous des scénarios d'émissions modérées. À 1,5 degré, les modèles du GIEC suggèrent que soixante-dix à quatre-vingt-dix pour cent des récifs coralliens blanchiraient fréquemment ; à 2 degrés, la quasi-totalité des systèmes devrait blanchir chaque année. Un blanchissement annuel ne laisse aucun temps de récupération.

Le pronostic dépend en grande partie de la vitesse à laquelle les émissions reculent. Les actions locales – maîtrise des rejets agricoles, encadrement du développement côtier, aires marines protégées avec interdiction de prélèvement véritablement appliquées – améliorent la résilience et achètent du temps, mais elles ne remplacent pas la stabilisation des températures qu'apporterait seule la réduction des émissions.

Trouver les récifs sur la carte

Les récifs les plus exposés au blanchissement et ceux identifiés comme candidats refuges thermiques sont placés sur la carte interactive. Filtrez par région ou par type de site pour comparer les destinations et consulter les dernières données de surveillance thermique avant tout déplacement.